Par DIDIER ARNAL | ADMINISTRATEUR DU THINK TANK FRATERNITE
Nous sommes à l’heure des CHOIX…
Le système de protection sociale français a atteint un point de bascule : son déficit se creuse d’année en année. On le sait, on le répète à satiété, le système de santé va devoir se transformer en profondeur pour faire face aux défis du vieillissement et du développement des maladies chroniques, dans un contexte de rupture technologique marqué par l’essor du numérique et de l’IA.
La santé des individus dépend en effet de facteurs génétiques mais aussi socio-économiques, environnementaux, organisationnels. La qualité de vie, les activités, l’alimentation, l’environnement, au sein de l’habitat ou dans l’espace de travail constituent autant de risques pour la santé. De ce fait, l’accès aux soins procède pour une large part du territoire (ressources et dotations, accessibilité, voirie, situation socio-démographique, usages, etc.). En somme, il s’agit de raccrocher l’individu et le citoyen à la politique de santé, qu’il doit comprendre et à laquelle il doit consentir. Cela suppose de changer, enfin, nos pratiques : investir fortement l’IA pour mieux prévenir, mieux coordonner, mieux utiliser les outils dont nous disposons. Et parmi les leviers, l’un reste encore trop peu exploité en France : les données de santé.
Dès sa création en 2019, le Health Data Hub a suscité une vive polémique en raison de son hébergement par un acteur américain, et donc soumis au CLOUD Act. Cette législation autorise les autorités américaines, sous certaines conditions, à exiger des données hébergées par des fournisseurs américains. Cet arbitrage a été fait par Agnès Buzyn : « L’arbitrage, je l’ai pris en pleine connaissance de cause sur le fait que c’était Microsoft ou rien ».
Mais, heureusement, six ans après sa création, le Health Data Hub s’apprête enfin à franchir une étape concrète vers un hébergement présenté comme souverain. Actuellement, cette gigantesque base de données de santé sur chacun d’entre nous, qui compile les informations issues de plusieurs systèmes d’information, est stockée chez Microsoft.
Le contentieux gagné contre Microsoft, six ans après sa création, le Health Data Hub s’apprête enfin à franchir une étape concrète vers un hébergement souverain garanti.
Lorsqu’elles sont correctement mobilisées, elles permettent de développer une médecine personnalisée, préventive, prédictive, participative et probante, avec des diagnostics plus justes, des prises en charge ciblées, un pilotage des établissements de santé, médico-sociaux, au plus près des besoins.
Des données qui ne circulent pas assez
Par exemple, tous les jours, d’importants volumes de données de santé sont produits (examens, prescriptions, comptes-rendus). Cependant, ces données sont enregistrées dans des logiciels hétérogènes, avec leurs propres formats, leurs propres langages et opérateurs. Malgré les investissements (Ségur du numérique) pour renforcer l’interopérabilité des systèmes, ils peinent à communiquer entre eux, rendant le partage et l’exploitation des données difficiles.
Cette fragmentation a un coût : la coordination est ralentie, les examens sont redondants, les tâches administratives sont alourdies… Un système où la donnée circule mal est un système peu efficient, générant du gaspillage qui pèse sur la qualité des soins, sur nos objectifs environnementaux et sur les finances publiques.
Faire de FHIR un standard commun
L’Union européenne s’apprête à rendre obligatoire le standard FHIR (Fast Healthcare Interoperability Resources). Mais elle doit également être très attentive à ce qu’il ne soit pas d’origine américaine mais française ou européenne. Cet outil permet de traduire tous les éléments d’un dossier patient (biologie, imagerie, diagnostics, prescriptions) dans un langage compréhensible par tous les logiciels. En France, peu d’acteurs anticipent ce virage.
Soutenir une logique de sobriété et d’efficience de notre système sanitaire, médico-social appelle à anticiper les changements majeurs. Rattraper le retard de la France en matière de numérique en santé, en faisant converger les systèmes d’information permettrait :
- d’assurer une cohérence dans les échanges de données,
- d’en garantir la qualité et la sécurité,
- d’accélérer les usages qui en dépendent (coordination, recherche, innovation),
- de donner aux citoyens les moyens de devenir acteurs de leur santé.
Au-delà de l’aspect technique, FHIR permettrait de sortir d’un modèle centré sur l’acte pour valoriser la prévention, la qualité des parcours, la pertinence des soins. Avec ce changement de logique, la rémunération des praticiens pourrait intégrer les économies générées par une meilleure coordination entre professionnels, et, in fine, il deviendrait plus intéressant de prévenir une hospitalisation que de multiplier les consultations et examens.
En conclusion, la circulation des données est un choix stratégique qui doit nous permettre d’aller plus vite vers un système de santé plus sobre, plus efficace, au bénéfice des patients, des soignants et de nos finances publiques.
Crédit image Freepick
DIDIER ARNAL | ADMINISTRATEUR DU THINK TANK FRATERNITE
Le 13 mars 2026

