Par CHRISTIAN QUEYROUX | ADMINISTRATEUR DU THINK TANK FRATERNITE | DIRECTEUR D'HÔPITAL HONORAIRE | ANCIEN SECRETAIRE GENERAL DE L'EHESP
J’ai reçu en cadeau de Noël un livre qui porte ce titre avec un complément qui énonce « Changer le monde sans refaire les mêmes erreurs ».
Son auteur s’appelle Jean Birnbaum, il explore le monde de l’engagement politique plutôt à gauche, voire à l’extrême gauche à travers les évènements qui ont marqué la lutte contre le capitalisme et la montée du communisme et se penche sur une difficulté que connaissent les militants de nombre d’organisations dont les objectifs finaux très nobles s’accommodent d’entorses aux règles les plus élémentaires de respect des individus qui qu’ils soient.
Face à ces situations violentes qui ont pu culminer notamment en URSS mais aussi à une moindre échelle dans des organisations révolutionnaires avec leur cortège de purges, de procès iniques et d’assassinats physiques ou sociaux, il s’interroge sur la raison pour laquelle nombre de militants se sont tus ou bien ont justifier la situation faites aux ennemis du « Bien ».
Ceux de ces militants qui ont osé s’interroger ouvertement ont été accusés de faire le jeu du camp adverse, et s’ils ont refusé de rentrer dans le rang, l’organisation les en a chassés.
L’auteur cite notamment le cas de George Orwell, Simone Weil ou Victor Serge mais également dans le « camps d’en face » Georges Bernanos, car tous ont refusé, qu’au nom d’une idéologie qu’ils approuvaient, qu’on exclue, emprisonne et assassine.
En d’autres termes la question posée est intemporelle et en même temps très actuelle, c’est de savoir si, au motif que la cause est noble … souvent auto sanctifiée par ceux dont elle sert les intérêts, on doit tout accepter pour atteindre l’objectif final nécessairement vertueux qui fera pardonner manquements aux règles de droit, mensonges, calomnies et assassinats.
Dans divers dossiers internationaux on nous a présenté la situation d’une manière binaire, le camp du Bien contre le camp du Mal. George W. Bush n’a pas été le dernier, après sa renaissance en prophète abstinent, qui s’est autorisé à bafouer le droit au motif qu’il s’opposait à des « démons ».
Aujourd’hui Donald Trump renoue avec une posture qui n’a jamais vraiment été abandonnée, à savoir que le camp du « Bien », comprenez celui du capitalisme décomplexé, a le droit d’être sans foi ni loi.
Mais alors pourquoi traiter différemment les crimes, atteintes aux droits de l’homme selon qu’ils sont commis par le camp du « Bien », les U.S.A. ou le camp du « Mal » les empires Russe et Chinois ? Qu’est ce qui nous permettra de considérer que l’asservissement d’un état sud-américain au mépris du droit international est plus acceptable que l’annexion de l’Ukraine par la Russie ou du Tibet par la Chine en attendant Taïwan ?
Dans l’ouvrage précité, l’auteur évoque notamment les écrits de Georges Bernanos : « Le premier signe de corruption, dans une société encore vivante, c’est que la fin y justifie les moyens. Mais la preuve que la nôtre n’est plus vivante, c’est que les moyens sont devenus la fin. »
George Orwell, également cité, vise une certaine qualité de perception, une capacité à faire la différence entre le bien et le mal, entre le vrai et le faux qu’il nomme « common decency ».
Toutes les personnes citées outre les précédents, c’est-à-dire Simone Weil philosophe humaniste française, Victor Serge ancien membre du parti communiste russe puis opposant au stalinisme et David Rousset militant de gauche français et résistant, ont en commun d’avoir refusé de cautionner des pratiques inacceptables qui contrevenaient aux idéaux affichés.
Cette réflexion est me semble-t-il plus que jamais nécessaire alors que « la fin qui justifie les moyens » revient au premier rang, renvoyant aux oubliettes de l’histoire l’O.N.U. qui y retrouvera la Société des Nations.
Plus que jamais les inégalités de tous ordres s’affichent sans complexe, et pour les puissants, les perspectives de la surveillance généralisée favorisée par l’intelligence artificielle ne constituent nullement un scandale mais au contraire « un mal nécessaire ».
Alors oui, il faut continuer à dire que le noir est noir et le blanc est blanc, mais aussi tenter de retrouver décence et mesure qui semblent avoir déserté l’actualité mondiale.
Références de l’ouvrage : Jean Birnbaum – La force d’être juste Changer le monde sans refaire les mêmes erreurs | Flammarion 2025
CHRISTIAN QUEYROUX | ADMINISTRATEUR DU THINK TANK FRATERNITE | DIRECTEUR D'HÔPITAL HONORAIRE | ANCIEN SECRETAIRE GENERAL DE L'EHESP
Le 12 janvier 2026

